Histoire

Corcelles

Le territoire de Corcelles appartenait d’abord au Chapitre de Moutier-Grandval, au 12ème siècle.

A l’époque de la fondation et de la dotation du couvent bénédictin, plus tard Chapitre de Moutier, celui-ci possédait toutes les terres de la Prévôté. Le Chapitre remit quelques parcelles du territoire du Cornet à des fermiers pour les défricher et les cultiver. C’est ainsi que s’est formé le hameau de Corcelles.

Il ne reste malheureusement que peu d’archives, car le bâtiment qui gardait ces trésors, a brûlé en 1964. les quelques récits et photos restants, sont la plupart, des souvenirs personnels de nos villageois et surtout les mémoires de nos anciens.

Un peu d’histoire

Introduction

Occupant la partie supérieure du Cornet (le Grand Val), le site de Corcelles est chargé d’histoire.

Géographiquement placé sur ce que l’historien Auguste Quiquerez appelle la route du fer, qui jadis reliait Erschwil (SO) à Crémines (creux-de-mines), le site est depuis des temps immémoriaux marqué par le travail du fer. Plusieurs historiens avaient déjà relevé la présence de forges, datant probablement de l’époque celtique, entre Crémines et Elay. Par la suite, ces faits furent corroborés par la dendrochronologie. Les premiers écrits mentionnent le travail du métal dans le Grandval au temps des moins venus de Luxeuil au VIIe siècle déjà, ainsi qu’au XIIe siècle et sous la Principauté épiscopale. La dernière concession de mine fut demandée par les frères Jeanprêtre en 1874.

On trouve encore actuellement les traces sidérolithiques de ce passé. Le minerai de fer, jadis puisé au flanc du Maljeon (versant de l’endroit) était ensuite véhiculé par chars attelés jusqu’au lieu-dit Les Lavous (lavoirs), situé juste au-dessous de la ferme de La Tu, comme en témoigne encore la terre rougie. Dans les pâturages des Envers, on peut aussi distinguer des amoncellements de scories (crassier ou terril) provenant des bas-fourneaux. Les loupes de fer étaient ensuite martelées, pour en faire des outils de taille – les taillants – servant aux paysans et artisans du lieu, dans la taillanderie du Martinet – ultime maillon de cette époque pré-industrielle du fer, réhabilitée en musée.

Le village de Corcelles – du latin pop. Cortis (cour) et Cella (lieu de temple où se trouvait la statue de Dieu) – était à l’origine une dépendance de la Courtine de Vermes, elle-même rattachée à la Prévôté de Moutier-Grandval : sa première mention est attestée en 1459. Selon Paul-Otto Bessire, le village aurait été fondé par des colons allemands. Sa population, qui comptait quelque 45 familles en 1629, est demeurée assez stable jusqu’à nos jours (comprise entre 180 et 200 habitants). A la même époque fut construit un moulin à grain sur le Gaibiat, dont il subsiste encore l’assise (bât 37), ainsi qu’un autre au n° 39, devenu moulin à fer en 1791 (le Martinet) : on y a trouvé une tuile ancienne millésimée 1630.

Une autre installation, mue probablement aussi par l’énergie hydraulique, fut une scierie où l’on débitait des échandelles (petits et minces bardeaux) : elle était située à la sortie du village en direction d’Elay, mais il n’en subsiste plus aucune trace. Les fermes – constructions les plus répandues – ont pour la plupart été bâties suite à des incendies, aux XVIIIe et XIXe siècles. Le début du XXe siècle marque un tournant dans le développement infrastructurel. La construction du viaduc en 1905, soutenant la voie ferrée RM (Transports Régionaux du Mittelland) mise en service en 1908, fit l’objet d’un échange de terrain avec la commune limitrophe de Crémines. A la même époque, une nouvelle route de desserte avec Crémines – elle ne sera goudronnée que vers 1950 – renforce encore les liens avec l’extérieur. Dès cette époque sont aménagés deux quartiers résidentiels aux lieux-dits Essert-Papon (direction Raimeux) et Fin dedos Corcelles (au nord de la nouvelle route).

Les armoiries de la commune – deux poissons sur fond rouge et  blanc -, évoquant les eaux poissonneuses des deux ruisseaux Gaibiat et Gore-Virat, furent créées en 1915 et seront adoptées en 1944.

Typologie architecturale du village

Bien que souvent transformées, les nombreuses fermes de Corcelles témoignent encore de sa vocation agricole. D’allures modestes, ces maisons rurales offrent cependant une grande diversité d’architecture et reflètent en cela les traditions bien ancrées des paysans-bâtisseurs qui les édifièrent.

Elles ont en commun leurs fonctions tripartites (habitation – fourragère/chartil – étable) abritées sous un même toit. L’habitation, orientée au sud, et l’étable sont toutes deux généralement maçonnées en moellons crépis. On peut toutefois dégager trois types distincts de fermes. Le premier emprunte à la ferme haut-jurassienne son grand toit peu incliné, faiblement saillant et dont le faîte est perpendiculaire à la longue façade pignon principale. Il s’en différencie cependant par sa ramée complète – grange ossaturée de bois et planchéiée verticalement – percée d’une ouverture horizontale permettant le passage des timons de chars, avec au-dessous un abri couvert, dont les trois portes donnent accès latéralement à l’habitation et l’étable et dans l’axe au chartil : C’est le devant-huis ou devant-l’huis (du patois d’vaint l’heus). Cet élément se retrouve aussi fréquemment dans le deuxième type : la ferme bas-jurassienne – des XVIIIe et XIXe siècles que l’on rencontre dans tout le Grand-Val, ainsi que dans la vallée de Tavannes, le vallon de St-Imier et le plateau de Diesse. Cette ferme se caractérise principalement par sa longue façade principale gouttereau; celles du XVIIIe siècle comportent des linteaux à arcs surbaissés.

Dès la seconde moitié du XIXe siècle apparaît un type de ferme bourgeois, plus cossu, plus riche dans son ornementation néo-classique, laquelle est constituée pour l’essentiel d’un linteau entablé surmontant la porte de l’habitation, d’une porte cochère et de chaînes d’angle à chapiteaux. Sa façade principale se trouve également sur le côté gouttereau. Ce type de ferme, davantage influencé par celui du Jura tabulaire, du canton de Soleure voisin, est dépourvu de devant-huis mais présente, en pignon de l’habitation, un petit pan à la base de la ramée – particularisme propre à Crémines et Corcelles, probablement emprunté à la Suisse Centrale

Les greniers jurassiens, indépendants des fermes, apparaissent au XVIIe, XVIIIe et jusqu’au début du XIXe siècle; ils sont des témoins précieux de ce patrimoine rural vernaculaire. On les trouve en grand nombre dans toutes les communes du Grand-Val. Outre le stockage du grain dans des entchaîtres (ou entchétrons) – casiers réservés à cet effet -, on y entreposait aussi d’autres provisions, notamment de la viande fumée et même les habits du dimanche. Séparés de la ferme pour se prémunir des incendies, ils sont surélevés du sol de sorte à éviter le pourrissement dû à l’humidité et également afin de permettre aux chats d’y traquer les rongeurs. Leur unique porte était orientée de façon à pouvoir être surveillée depuis le « poye » – chambre attenante à la cuisine où se trouvait un poële – et en outre munie d’une serrure robuste contre les voleurs. Ces greniers construits en épicéa pouvaient être démontrés. Leurs parois en madriers sont assemblées à queue d’aronde (queue d’aigle) et protégées d’un planchéiage vertical – le mantelage. Certains comportent, assez rarement, un espace de rangement sur le devant – la loue (ou alou). La porte est généralement chantournée en accolade et fréquemment surmonté d’un millésime et d’initiales gravés.

Les fontaines, dernier objet important de ce patrimoine rural, datant en majeure partie du XIXe siècle. Elles étaient destinées aux multiples usages domestiques et servaient surtout d’abreuvoir à vaches. Leurs bassins monolithiques à une ou deux auges, parfois millésimés, sont évidés dans un bloc calcaire d’un seul tenant. Quant aux fûts, ils sont surmontés d’un chapiteau néo-classique, fréquemment amorti d’un gland.

 

Le Viaduc de Corcelles

Avec le Tunnel du Weissenstein, long environ 3.7 km et le viaduc du Geissloch, le viaduc de Corcelles est l’œuvre principale de la construction de la ligne Moutier-Soleure. Un ouvrage de guerre, miné, qui s’étend sur 105 m.

Réalisation entre 1904 et 1908

Le viaduc a été construit sur pilotis. Le terrain etant marécageux, il a fallu enfoncer des troncs pour donner de la rigidité au sol.

Ce viaduc de pierres est soutenu par une charpente en bois. D’après les écrits, les outils utilisés pour la construction du point par les tailleurs de pierres, provenaient du Martinet de Corcelles.

 

Pensionnat Dédie

On ne sait que peu de chose sur ce pensionnat de Demoiselles dirigée par Mme Dédie-Gossin. Une institution à caractère chrétiens qui a semble-t-il cessé ses activités lors de la Première Guerre mondiale. Plus précisément en 1915 si l’on en croit M. Marcel Ankli de Crémines, enfant de Corcelles. En plus de la gestion du pensionnat, la famille Dédie exploitait un domaine agricole.

Ce pensionnat accueillait généralement des volées d’une quinzaine de jeunes filles en provenance d’Allemagne, d’Angleterre, d’Autriche et même de Tchécoslovaquie. Et ce depuis la fin du 19 siècle.

Dans ce pensionnat, on offrait aux jeunes élèves, de jouir d’une vie de famille agréable et chrétienne, tout en perfectionnant l’apprentissage de la langue française et de terminer leur éducation.

 

Le Martinet de Corcelles

Le bâtiment qui abrite le martinet de Corcelles se situe sur ce que l’historien Quiquerez appelle  » la route du fer » reliant Erschwil à Crémines (creux-de-mines). Tout laisse à penser qu’il fut d’abord un moulin à grains et qu’il devint taillanderie en 1791. LA grande roue hydraulique mue par l’eau de la Gabiatte actionnait alors trois marteau. On y façonnait le fer des haches, cisailles, crocs à gentiane, lombards, pioches et piolets destinés aux paysans, bûcherons et artisants de la région. Le taillandier décida vers 1900 d’ajouter une deuxième roue au canal pour actionner une grande meule de 240 cm, un tour, une perceuse, un soufflet, ainsi qu’un battoir placé dans la remise contiguë. Ainsi la fabrication d’ustensiles agricoles, le cerclage des roues de chars et la confection de barrières se poursuivirent jusqu’en 1945.

abandonnée, la forge fut rachetée en 1987 par la fondation pour le Martinet de Corcelles qui la restaurera durant 6 ans pour inaugurer le 24 septembre 1993  un petit musée sur l’exploitation du fer ainsi qu’un lieu de rencontres et d’exploitation.

Aujourd’hui les visites guidée du musée du fer et de ses 300 outils s’accompagnent de démonstrations du fonctionnement de la forge avec l’utilisation du marteau encore en fonction.